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lundi, 19 mars 2018 06:00

19 Mars 1962-19 Mars 2018 : MAGNITUDE « 22 » SUR L’éCHELLE DE LA LIBéRATION

Écrit par Abdelmadjid MERDACI
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Il y a toujours de bonnes raisons de célébrer la date du 19 Mars 1962, en Algérie d’abord en ce qu’elle marque formellement la fin d’une guerre meurtrière, mais aussi parce qu’elle a longtemps été l’exemple de l’occultation de l’histoire de la guerre d’indépendance et de ses acteurs, particulièrement de la dimension politique de cette guerre.
Le populisme faisait alors la promotion d’un imaginaire guerrier nécessaire à la légitimation des pouvoirs en place. Il aura fallu l’aggiornamento du président Bendjedid pour que la journée du 19 mars trouve place dans l’agenda des fêtes légales du pays, et sa commémoration sonne encore et toujours comme un brûlant rappel pour les dernières arrière-gardes de l’Algérie française.
Le 19 Mars figure, ainsi, dans le calendrier officiel algérien comme «la fête de la victoire», et s’il est convenu de rappeler les étapes du processus des négociations et les dirigeants qui avaient alors consacré les légitimes exigences algériennes, cela ne peut être au prix de l’oubli de ceux qui, dans l’anonymat d’une rencontre, au cœur de juin 1954, avaient décidé d’engager le destin de l’Algérie sur les chemins escarpés de la lutte armée. La proclamation du 1er Novembre 1954 qui en fixe les objectifs était aussi un appel à s’asseoir autour de la table de négociations sur la reconnaissance de l’indépendance et de la souveraineté nationale.
Beaucoup d’entre eux – ceux donc du groupe des vingt-deux – n’auront pas vécu la pleine consécration de leur combat, mais, sur le long cours de l’histoire, Evian est aussi sinon d’abord leur victoire.
Les premiers artisans de l’insurrection.
Ils étaient vingt- deux…
Le groupe des « 22 » entre dans l’histoire en décidant du recours à la lutte armée. Aujourd’hui encore, ses membres sont largement méconnus. Qui sont-ils, ont-ils réellement pesé sur le cours de la guerre de Libération nationale ? Qui d’entre eux à vu l’objectif de l’indépendance se concrétiser ? Retour sur une séquence fondatrice.
La récente disparition de Benaouada Mostefa, dit Amar, est une étape de plus dans l’extinction du groupe dit des « 22 », marqueur de l’insurrection du 1er Novembre 1954, rassemblé le 3 juin 1954 par Mohamed Boudiaf au domicile de Smaïn Derrich au Clos Salembier(1). Ultimes survivants, Othmane Belouizdad et Abdelkader Lamoudi se sont astreints à une remarquable réserve, à la différence du regretté Amar Benaouada qui, sur différentes tribunes ou différents canaux, intervenait dans le débat historique et faut-il remonter aux années 2000 pour entendre Abdelkader Lamoudi sur un plateau de télévision – celui de Canal Algérie – rappeler avec une remarquable discrétion son engagement dans les rangs du FLN.
Le chiffre désormais consacré des « 22 » laisse pourtant ouvertes toutes les questions sur ces hommes qui engagèrent le destin de la nation, leurs ancrages, leurs cheminements politiques, leurs contributions à la lutte armée, voire à l’établissement de l’Etat nation au lendemain de l’indépendance. S’ils ne sont pas forcément oubliés – la toponymie nationale y veille -, ils ne sont pas pour autant connus ou reconnus.

1 – Changer le cours de l’histoire
Les « 22 » ne se seront en vérité retrouvés qu’une seule fois et en une seule journée et si on continue de les identifier en tant que « groupe », c’est d’abord dans le sens de « réunion de plusieurs personnes en un même endroit » même si un « ensemble de personnes ayant quelque chose en commun » pouvait mieux définir leur singulière rencontre.
Ce groupe qui devait changer radicalement le cours de l’histoire algérienne n’aura pas, paradoxalement, eu d’existence politique en tant que tel même s’il aura fourni le socle de la première direction de ce qui allait être connu comme le Front de libération nationale (FLN).
Sur les « 22 », la certitude première tient au lieu de la rencontre, la villa de Smaïn Derrich, militant dans les rangs du MTLD et proche de Zoubir Bouadjadj qui l’avait requis à recevoir une réunion sans autre indication que la nécessité de l’absolue discrétion et qu’une stèle consacre désormais.
La date de la tenue de la réunion continue de faire l’objet de témoignages ou d’indications contradictoires. Amar Benaouada, dans l’une de ses interventions publiques, avance la date du 25 juin, d’autres sources indiquent le 23 du même mois, alors que l’historien Mohamed Harbi retient, quant à lui, la date du 3 juin 1954.
Seuls trois participants à la réunion du groupe dit des « 22 » - Mohamed Boudiaf, Mohamed Mechati, Abdesselem Habbachi - ont consigné dans un ouvrage leurs témoignages sur leur engagement dans les rangs de l’insurrection et la recherche demeure, aujourd’hui encore, confrontée à la lancinante question des sources sur les conditions d’un retour à la confrontation armée avec l’ordre colonial(2).
On peut tenir que les décisions prises lors de la réunion du Clos Salembier – essentiellement deux, celle du recours à la lutte armée et celle de la création d’une instance dirigeante - portent en elles une logique de double rupture ; d’une part avec la pratique politique accréditée lors de la première moitié du XXe siècle et, d’autre part, avec les premières formes rurales et communautaires des résistances à l’occupation coloniale.
Le groupe des « 22 » n’a pas fait l’objet d’une étude spécifique et est-il régulièrement aspiré par la dimension fondatrice du lancement de l’insurrection du 1er Novembre qu’il avait initiée, alors même qu’il demeure légitime de suivre de quelle manière le destin de chacun de ses membres s’était inscrit dans le destin collectif de la guerre algérienne pour l’indépendance et la souveraineté nationale. Pour éclairer les conditions de formation du groupe des « 22 », le rappel de leur commune appartenance à l’Organisation spéciale (OS), créée lors du congrès de février 1947 du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), ne suffit pas qui masquerait le fait décisif de leur acculturation politique dans la clandestinité au sein du Parti du peuple algérien (PPA) alors dissous par les autorités françaises.

2- DU PPA à L’OS
Les historiens s’accordent sur le fait que la création de l’OS, clairement entendue comme cadre organique de la préparation de la lutte armée, procédait surtout d’habiles compromis entre les différentes factions au sein du Parti et son démantèlement en 1950 apparaît à l’examen comme un moment d’accélération dans la décantation des rapports de force entre les principaux courants actifs au sein du MTLD à laquelle la crise entre messalistes et centralistes donnera une tournure spectaculaire sinon violente à partir de 1953.
Lors de ce qu’il est convenu d‘appeler « la crise de l’OS de 1950 » soucieuse de se protéger d’une possible dissolution, la direction du MTLD aura vite pris ses distances avec les clandestins et parlera officiellement « d’un complot policier » tout en s’attachant à une discrète politique d’exfiltration des militants ayant échappé à la répression ou – c’est le cas de Zighoud Youssef et Amar Benaouda – s’étaient évadés de prison.
Sur fond d’aiguisement de la crise pour le contrôle du Parti allait se réaliser une vaste et inédite opération de transhumance politique vers la France – Boudiaf, Didouche, Gherras – et notamment vers l’ouest du pays qui allait accueillir Ben M’hidi, Benabdelmalek Ramdane, Abdelhafid Boussouf, Abdesselem Habbachi, Mohamed Mechati, entre autres.
Dans l’effervescence exceptionnelle alimentant la crise du MTLD – crise qui réjouit particulièrement les services de sécurité de la colonie - entre batailles pour le contrôle des kasmas et/ou des cotisations, allait s’ordonner un courant rassemblant des militants refusant de prendre parti et qui s’identifiaient comme « neutralistes ». A ce neutralisme devait aussi s’agréger le mouvement dit des activistes – entendre par là acquis à la lutte armée, essentiellement anciens de l’OS –, à l’image de Mohamed Boudiaf ou Didouche Mourad, défendant l’idée de la reconstitution de l’unité du Parti comme préalable au lancement de la lutte armée.
Ces deux dirigeants de l’OS avaient été affectés à l’organisation française du parti et des zones d’ombre continuent d’entourer leu retour au pays. Sont-ils revenus, comme le soutient Mohamed Mechati, clandestin de l’OS et proche collaborateur de Mohamed Boudiaf, à la demande de Hocine Lahouel en vue de la reconstitution de l’Organisation spéciale ?
Dans un jeu d’alliances et de surenchères complexes, la création le 23 mars 1954, du CRUA, Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action, masque aussi des différences d’objectifs entre ceux qui portaient d’abord le projet insurrectionnel et ceux, centralistes, qui espéraient rallier tactiquement les activistes contre la stratégie de prise de pouvoir de Messali Hadj.

3- du CRUA au 22
En tout état de cause, deux membres éminents du comité central du Parti – Dekhli et Bouchebouba - figurent dans la formation du CRUA, aux côtés de Mohamed Boudiaf et Mostefa Benboulaid, qui, l’été 1954 l’établira de manière spectaculaire, aura échoué dans son projet pour autant que celui-ci était bien de reconstruire l’unité du Parti.
« Le CRUA n’existe plus. Nous l’avons formé pour éviter la scission, nous avons échoué », affirme Ramdane Bouchebouba, contrôleur général du Parti devant la conférence des cadres du MTLD (centraliste) du 1er juillet 1954, rapporte Mohamed Harbi(3).
Pour rappel, Mohamed Boudiaf était à la tête de l’Organisation spéciale au moment de la crise de 1950 et c’est lui qui apparaît clairement à l’origine de la convocation des militants – tous clandestins de l’OS – qui allaient se retrouver au domicile de Smaïn Derrich.
Mohamed Mechati, rappelé à Alger, affirme avoir été chargé par Mohamed Boudiaf de délivrer les convocations mais tient à préciser qu’il en ignorait les motifs et les objectifs alors même que se dessine, dans la clandestinité, la topographie inédite de l’insurrection annoncée.
Est-il possible de restituer ce que furent les cent jours – de mars à juin 1954 – qui allaient faire basculer le destin de l’Algérie, entre ferveur et angoisse, détermination et interrogations ?
Entre les boutiques de Aissa Kechida(4) ou de Rachid Boukechoura, de la Casbah et la maison refuge des frères Boukechoura de la Pointe Pescade, ce furent les jours fiévreux de tous les clandestins, Ben M’Hidi, Bitat, Gherras, Boudiaf, Didouche et bien d’autres.
A quelques semaines près, le groupe des « 22 » naît formellement au moment où la mission du CRUA est clôturée et nombre d’écrits consacrés à la question – ceux notamment du journaliste Yves Courrière – continuent d’attribuer au CRUA des initiatives et des actions qui ne relevaient plus de ses objectifs.
Tant dans sa composition – vingt et un militants clandestins de l’ancienne Organisation spéciale du MTLD à l’exclusion de tout autre acteur politique – que dans ses objectifs, la mise en place du projet insurrectionnel, le groupe des « 22 » se distingue du CRUA, instance transitoire directement informée par la crise du MTLD. Le FLN porté sur les fonds baptismaux par les clandestins de l’OS ne peut ainsi être une nouvelle mouture du CRUA comme quelques auteurs persistent à l’écrire.
Mohamed Boudiaf, qui s’y consacre depuis de nombreux mois entre Paris, Alger et le Caire, apparaît bien comme le grand ordonnateur du projet insurrectionnel, en interface avec Mourad Didouche, et eut-il été sollicité par Hocine Lahouel, véritable gourou des centralistes, pour remettre en place l’Organisation spéciale – dissoute par la direction du Parti –, est-ce aux conditions du lancement de la lutte armée qu’il s’attache avec conviction.
Au demeurant, il en paiera aussi le prix et fera-t-il l’objet d’une sauvage agression de la part de militants messalistes à Alger. Les hommes rassemblés dans la villa de Smaïn Derriche ce 3 juin 1954 l’auront été par ses soins et il s’en expliquera, de manière inédite et publique à l’occasion d’un débat – le premier et le seul – diffusé en direct par la télévision nationale le 31 octobre 1990 au terme de la programmation de l’excellente série signée par Djelloul Haya sur « Les sources du 1er novembre 1954 ».
Avaient-ils été vingt-et-un – comme le retiennent désormais les historiens – ou vingt-deux ? La réponse de Boudiaf est sans équivoque : « Smaïn Derriche était avec nous. Nous étions bien vingt-deux ».(5)
Le réalisateur Djelloul Haya, présent à Kenitra, interpelle alors Boudiaf sur la composante du groupe, essentiellement des militants de l’Est algérien. Réponse de Boudiaf – qui avait été le coordinateur de l’OS pour l’est Algérien – « J’ai travaillé avec ceux qui étaient en place. » Autre question de Djelloul Haya « Et les Kabyles ?» - pour rappel, ni Krim ni Ouamrane en particulier n’avaient pris part à la rencontre – et la réponse de Boudiaf fuse sans aucune hésitation : « Les Kabyles étaient messalistes ».(6)
Le groupe des « 22 » se composait en effet de seize Constantinois – Boudiaf, Benboulaïd, Ben M’Hidi, Boussouf, Bentobbal, Benaouda, Zighoud, Mechati, Habbachi, Mellah, Bouali, Badji, Souidani, Lamoudi, Benabdelmalek, Bitat –, de quatre Algérois – Merzougui, Belouizdad, Bouadjadj, Didouche , Derriche – et Ahmed Bouchaïb étant le seul militant oranais.

4 – Une empreinte Estienne
Cette topographie du groupe insurrectionnel appelle au moins trois observations dont la première devait être l’ordre de l’urgence. La consécration de la scission du parti porteur du projet indépendantiste portait en elle le risque majeur de la démobilisation, de résignation de l’opinion acquise à ces objectifs qui était encore marquée par les traumas des massacres de mai 1945 et fallait-il y répondre dans les conditions difficiles de la crise du Parti et des violences de la répression.
Sans doute aurait-il été possible de mettre en place une rencontre faisant droit à un plus grand nombre de militants et, aux yeux de Boudiaf, ceux « qui étaient en place » étaient suffisamment représentatifs.
Et il connaissait personnellement « ceux qui étaient en place » pour les avoir eu sous sa responsabilité, notamment lorsqu’il avait été en charge de la coordination de l’OS dans l’est algérien. Cette empreinte «estienne» peut éclairer, au moins en partie, la représentation de l’ouest du pays par le seul Ahmed Bouchaïb. En fait, l’exfiltration des clandestins de l’OS vers l’Oranie par la direction du Parti avait eu pour effet collatéral de les replacer à la tête des structures de l’Organisation de la région. Ainsi, Boussouf était-il en charge de la daïra de Tlemcen, Ben M’hidi de celle d’Oran. Aux yeux de Boudiaf, les clandestins de l’ouest étaient bien présents.
Il en est de même pour le centre algérois marqué aussi, faut-il le souligner, par la grande proximité politique ente Didouche et Boudiaf et dont la représentation doit inclure des militants comme Abdelkader Lamoudi ou Souidani Boudjema installés à demeure dans la Mitidja.
Au sein des « 22 », l’appartenance territoriale militante primait les lieux de naissance et la meilleure des illustrations en sera fournie par la contestation de la conduite des débats du groupe et particulièrement des conditions de désignation du comité de coordination – Boudiaf, Benboulaid, Ben M’Hidi, Didouche, Bitat - par ce qu’on a appelé « le groupe de Constantine ».(7)
Quatre clandestins de l’OS de la ville de Constantine participant à la rencontre – Mechati, Habbachi, Mellah, Bouali - avaient saisi par courrier leur chef d’arrondissement de Constantine de l’Organisation, Abderrahmane Gherras, alors en poste en France de leurs réserves quant à la tenue de la réunion des « 22 » et sollicitaient son intervention.
Leurs critiques visaient expressément Mohamed Boudiaf accusé d’avoir imposé une direction sans consultations et ils se sont défendus d’avoir jamais remis en cause le principe du recours à la lutte armée.
Cette première crise au sein du courant porteur du projet insurrectionnel connaîtra un moment décisif avec la réunion de septembre 1954 qui rassembla les principales figures de l’OS de la région – à l’exception de Zighoud Youssef - au domicile de Youssef Haddad, au cœur de la Souiqa constantinoise. Didouche s’exprimait au nom de la nouvelle direction et Abderrahmane Gherras plaidait l’élargissement du groupe à d’autres militants.
Didouche nous dira « ceux qui ne marchent pas avec nous seront pris par la France »(8), rapporte Abdesselem Habbachi et de fait les Constantinois, qui ne furent pas informés de la date du lancement de l’insurrection, rejoindront tous les rangs du Front.

5 – Avoir vingt ans à la saison des massacres
C’est dans les rangs du PPA clandestin qu’allait se forger l’élite activiste – ils rejoignent tous entre 1942 et 1945 – dont le groupe des « 22 » allait être l’aile marchante qui subira le choc irréversible des massacres de mai 1945 dans le Constantinois.
Ils avaient alors tout juste vingt ans ou à peine plus et à l’exception de Bouchaib, Lamoudi, Benboulaid et Boudiaf natifs de la fin des années 1910, tout le reste du groupe relève de la génération des années vingt entre 1921, Zighoud Youssef et 1929 pour le benjamin Othmane Belouizdad.
Entre scoutisme – Boussouf, Zighoud, Benaouda, Badji – l’école publique française – Boudiaf, Boussouf, Zighoud – l’exercice politique – Badji, Zighoud élus municipaux du MTLD - le groupe des « 22 » présente un assez large spectre de socialisation et leurs profils sociaux – magasinier, fils de paysan, artisan, enseignant, petit fonctionnaire – rendent compte à la fois de la diversité des couches populaires et, à bien y voir, de la profondeur de l’ancrage du PPA et des thèses indépendantistes au sein de la société.
Issu des rangs de la jeunesse du PPA, Mohamed Belouizdad traduira la montée en puissance dans les milieux militants, mais aussi au sein de la société la nécessité de recourir aux armes contre l’ordre colonial en prônant la mise sur pied d’une organisation chargée de la préparation militaire de la confrontation.
Cette organisation spéciale (OS) est adoubée lors du congrès de février 1947 à l’ombre du compromis entre les défenseurs de la nouvelle stratégie légaliste initiée par Messali Hadj et les tenants du PPA et aura tôt fait de recruter, d’ouvrir des chantiers de formation militaire à travers le pays.
La crise de 1950 qui verra le démantèlement de l’OS touchera en particulier les militants qui allaient se retrouver autour de Boudiaf chez Smain Derrich en juin 1954.
Contraints à la clandestinité, détenus, évadés, ceux qu’on appelait dans le langage du parti « les lourds » en rapport avec le fait qu’ils portaient des armes, avaient vécu, souvent dans le dénuement et la précarité – Lakhdar Bentobbal en rend compte avec précision dans des « Mémoires » qui tardent à sortir – le sentiment d’abandon de la part des responsables du MTLD.
Dans l’historique débat sur le plateau de l’ENTV d’octobre 1990, Hocine Lahouel, éminence grise du courant centraliste, s’en est défendu qui rappelait les différentes formes de soutien accordé aux anciens de l’OS.

6 – La fabrication d’un destin collectif
Le contrôle des activistes – tant l’idée de la lutte armée s’était de fait imposée dans le débat et la crise entre centralistes et messalistes en cet été 1954 - aura été une des dernières balises avant la rencontre du Clos Salembier.
Ceux qui avaient décidé de l’insurrection y prirent une part directe et pour certains d’entre eux au prix de leur vie. Adjoint de Mohamed Larbi Ben M’Hidi, Ramdane Benabdelmalek meurt au combat le 2 novembre 1954, Badji Mokhtar tombe le 19 du même mois, suivi de Didouche le 18 janvier 1955. Benboulaid, Souidani, Zighoud (1956) Ben M’Hidi (1957), Bouali, Mellah donneront corps à la sincérité de leur engagement en faveur de l’indépendance du pays.
Les membres du groupe des « 22 » seront en tout état de cause au cœur de l’animation de l’insurrection – Boudiaf, Benboulaid, Didouche, Ben M’Hidi, Bitat – qui constitueront l’ossature de la direction fondatrice du FLN aux côtés de Krim Belkacem acquis à la démarche du groupe.
Il n’en restera plus qu’un – Mohamed Larbi Ben M’Hidi – membre du CCE au lendemain du congrès de la Soummam qui avait doté le FLN d’une nouvelle direction alors que Benboulaid, Zighoud, Boudiaf, Bitat étaient désignés en qualité de membres titulaires du CNRA et Boussouf et Bentobbal en qualité de membres suppléants.
Le Conseil national de la révolution algérienne, tenu au Caire du 20 au 27 août 1957, allait consacrer la promotion de Abdelhafid Boussouf et de Lakhdar Bentobbal au sein du nouveau CCE et celle de Amar Benaouda comme membre titulaire du Conseil. Abdelkader Lamoudi rejoindra pour sa part la représentation extérieure du FLN.
En septembre 1958 le CCE cède la place au premier gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) et y figurent à des postes sensibles Boussouf et Bentobbal qui pèseront sur le cours de la guerre d’indépendance. Deux membres du groupe des « 22 » - Bentobbal, Benaouda - sont associés aux négociations d’Evian qui devaient marquer la fin du conflit et valider le bien fondé de l’appel des « 22 » à l’insurrection.
La répression n’épargnera pas les membres du groupe des « 22 » qui dès le début de l’insurrection ou dans le cours de la guerre seront arrêtés et placés en détention. Boudiaf, Bitat, membres de la première direction du FLN, Bouadjdaj, Merzougui, Belouizdad, militants de la zone IV du centre algérois, Bouchaib, responsable de la zone V en Oranie, Mechati, Habbachi, de la zone II du nord constantinois.

7 – L’indépendance et après
L’indépendance ne sera pas particulièrement reconnaissante aux survivants du groupe des « 22» dont aucun membre ne sera associé à l’exercice du pouvoir même si certains trouvent place dans l’administration ou dans les rangs du parti. Le plus emblématique des survivants, Lakhdar Bentobbal, assurera un temps la présidence, sans doute prestigieuse, du conseil d’administration de la société nationale de sidérurgie (SNS).
Ils seront treize à vivre l’Indépendance – Boussouf, Bentobbal, Bouadjdaj, Merzougui, Bouchaïb, Belouizdad, Benaouada, Lamoudi Habbachi, Mechati, Derriche, Bitat, Boudiaf, – le plus souvent dans une relative discrétion.
Amar Benaouda connaîtra une inattendue visibilité en qualité de chancelier de l’Ordre du mérite algérien alors qu’Ahmed Bouchaïb sera chargé de la commission d’enquête sur l’assassinat de son compagnon d’armes Mohamed Boudiaf.
Abdesselem Habbachi se fera connaître, au cours du mandat du président Zeroual comme médiateur de la République.

Notes
1 – Sous la direction de Abdelmadjid MERDACI : « La nuit rebelle » La Tribune Editions- 2004
2 – Boudiaf (Mohamed) : « La préparation du 1er novembre » El Djarida Editions
- Mechati (Mohamed) ; Un parcours militant – Editions Dahlab .2000
- Habbachi (Abdessalem) : « Du mouvement national à l’indépendance » Casbah Editions (2008)
3 – Harbi (Mohamed) : Une vie debout Casbah Editions (2001)
4 – Kechida (Aissa) : « Les architectes de la révolution » Chihab Editions (2001)
5 – Boudiaf (Mohamed) : Entretien télévisé avec Djelloul Haya
6 – Boudiaf ( Mohamed ) : OP cité
7 – Merdaci ( Abdelmadjid) : « Constantine ,entre l’insurrection et la dissidence » in « La fin de l’amnésie » sous la direction de M. Harbi et B. Stora .Robert Laffont Paris 2004
8 – Habbachi ( Abdessalem) : Du mouvement national à l’indépendance –Casbah Editions(2008)
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