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mardi, 12 juin 2018 06:00

Afghanistan : Nouvel attentat-kamikaze dans un pays qui n’en peut plus de la guerre

Écrit par Anis Remane
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Quelques heures seulement avant le cessez-le-feu unilatéral proclamé par les autorités afghanes, un kamikaze s’est fait exploser hier à la sortie d’un ministère, faisant au moins douze morts et 31 blessés selon un bilan provisoire.


La cible de l’attaque est le ministère de la Réhabilitation rurale et du Développement, a déclaré Hashmat Stanikzai, le porte-parole de la police. Les victimes sont en majorité des employés et des visiteurs du département. Elles étaient rassemblées devant le bâtiment, dans l’attente du bus les ramenant chez eux vers 13 heures heure locale, les horaires de travail étant aménagés durant le Ramadhan. Cet attentat kamikaze, qui n’était pas encore revendiqué hier en milieu d’après-midi, survient un jour avant un cessez-le feu d’une semaine annoncé par l’Etat afghan en amont de la fin du Ramadhan (Aïd-el-Fitr), attendue vendredi. Le cessez-le-feu doit commencer, avait précisé jeudi le président Ashraf Ghani, le «27e jour du Ramadhan (mardi) et se poursuivra jusqu’au cinquième jour de l’Aïd-el-Fitr», qui devrait commencer en fin de semaine prochaine, ce qui signifierait qu’il pourrait s’étendre du 12 au 19 juin. Ce cessez-le-feu, unilatéral, ne concerne que les talibans, avait-il précisé. Les talibans ont de leur côté décrété une cessation des combats «les trois premiers jours de l’Aïd». D’après les observateurs, c’est la première fois depuis qu’une coalition internationale menée par les Etats-Unis les a chassés du pouvoir en octobre 2001 que les insurgés décident d’un quelconque cessez-le-feu. Les deux parties ont toutefois promis de riposter si elles étaient attaquées. Les talibans ont prévenu que l’interruption des combats ne s’étendait pas pour leurs hommes aux forces de l’Otan, sous commandement américain, en Afghanistan. Washington comme Kaboul ont fait savoir qu’ils continueraient à se battre contre le groupe Etat islamique. La crainte est aussi réelle que le réseau Haqqani, lié aux talibans mais que des responsables afghans et occidentaux soupçonnent d’aider l’EI pour certains attentats, lance des attaques au nom du groupe rival. Selon la mission de l’ONU en Afghanistan (Manua), qui décompte depuis 2009 les victimes civiles, la capitale est devenue depuis 2017 le lieu le plus dangereux du pays pour les civils en raison de la multiplication des attentats revendiqués par les talibans ou le groupe Etat islamique. Début juin, au moins sept personnes ont été tuées et 18 blessées dans un attentat-suicide contre un rassemblement de religieux qui venaient de proclamer une fatwa contre le terrorisme moins d’une heure auparavant. Fin mai, le ministère de l’Intérieur avait été pris pour cible par un commando d’une dizaine de kamikazes, qui avaient tué un policier avant d’être abattus au premier barrage. Les deux attaques avaient été revendiquées par l’Etat islamique Dans ce contexte explosif, quelques dizaines de manifestants marchent depuis un mois, malgré la chaleur et les risques, pour demander la fin du conflit ravageant leur pays. A l’origine du mouvement, un énième attentat à la voiture piégée qui a fait 13 morts le 23 mars dernier à Lashkar Gah, la capitale du Helmand (Sud). Les talibans contrôlent dix des quatorze districts de cette province et les forces de sécurité afghanes sont à la peine dans les quatre restants. Des dizaines d’habitants ont alors entamé un sit-in pour la paix. Certains se sont brièvement mis en grève de la faim. La protestation a fait tache d’huile dans le pays. Mais ni les talibans, ni les forces de sécurité afghanes n’ont semblé entendre le message, mais les combats n’arrêtent pas.
Des marcheurs
pour la paix
La marche anti-guerre a donc démarré en mai dernier. Neuf personnes y participaient au départ. Ils sont désormais une cinquantaine, selon les organisateurs, d’autres les ayant rejoints en cours de route. Tous arborent un bandeau et/ou une écharpe bleus siglés : «Nous voulons la paix». «Nous sommes fatigués de cette guerre et de ce bain de sang», peste Zaheer Ahmad Zindani, un manifestant cité par l’AFP dont les deux yeux ont été crevés lorsque le bus dans lequel il voyageait a sauté sur une mine, tuant sa sœur. L’Afghanistan est en guerre depuis son invasion par l’Union soviétique en décembre 1979. Depuis octobre 2001, le conflit oppose les forces de sécurité afghanes, soutenues par des troupes internationales, aux talibans, ainsi qu’à d’autres groupes insurgés, dont l’Etat islamique, qui s’est installé dans le pays en 2015. «Les deux parties devraient s’asseoir pour des discussions de paix. Nous voulons une paix permanente et durable», affirme M. Zindani à l’agence de presse alors que le groupe arrive à Ghazni, capitale de la province éponyme, très disputée, où les victimes sont légion. Les marcheurs ont déjà parcouru 500 kilomètres. Il leur en reste 200 avant d’arriver à Kaboul, où ils comptent demander aux autorités un cessez-le-feu, plus long que ceux récemment annoncés par les talibans et le gouvernement - respectivement trois et huit jours à la fin du Ramadhan -, ainsi qu’un calendrier pour le retrait des troupes étrangères. L’objectif est de pénétrer dans la capitale avant la fin du Ramadhan. Un mois saint durant lequel ils n’ont pas ménagé leurs efforts, malgré les fortes chaleurs et le jeûne. Initialement moqués pour leur volonté de rejoindre Kaboul, les protestataires sont désormais vivement soutenus. Après le crépuscule et avant l’aube, des habitants les nourrissent. Les conducteurs ne sont pas avares de coups de klaxons pour les réconforter. Certains s’arrêtent même pour les féliciter. Très physique, la marche est surtout extrêmement dangereuse, alors que les talibans et l’Etat islamique ne cessent de harceler les forces afghanes et les troupes de la mission de l’Otan resolute support, sous commandement américain. Chaque jour, les manifestants risquent de sauter sur une bombe artisanale, d’être attaqués par des groupes armés ou de simples brigands. Mais ils n’en ont cure. «Chacun de nous pense qu’il sera tué bientôt», explique Abdullah Malik Hamdard à l’AFP. «Ceux qui restent en vie sont misérables. Si vous ne mourrez pas de la guerre, la pauvreté qu’elle génère peut vous tuer, ce qui fait que pour moi, la seule option qui me reste est de rejoindre ce convoi pour la paix», poursuit-il. Leur voix semble avoir ému tant les forces de sécurité que les moudjahidines, qui parfois interrompent leurs batailles pour les encourager, raconte Iqbal Khaibar, l’un des leaders du groupe, à l’AFP L’aveugle Zaheer Ahmad Zindani, lui, tient la main d’un autre marcheur, qui le guide dans ce périple. «Tous les marcheurs ont souffert de cette guerre», soupire-t-il, ajoutant qu’en plus de sa soeur, le conflit a tué son père et son oncle. «On a tous perdu des proches», poursuit-il. «Mon seul souhait est que cette guerre et ces combats s’arrêtent.»n

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