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jeudi, 14 juin 2018 06:00

Chronique des 2Rives : Orient / Occident : de la fascination au conflit Spécial

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
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On peut dire que si le Moyen-Age fut une période de confrontation entre les Francs et les Arabes musulmans, il se distingua néanmoins par moments par l’établissement de divers rapports diplomatiques plus sereins ; des alliances militaires furent même nouées. A la fin du IXe siècle, les discours à l’égard des musulmans se durcirent.

Durant deux siècles, l’Occident chrétien allait se mobiliser sous forme de croisades afin de reprendre les Lieux saints de Jérusalem détenus par les Arabes depuis 450 ans. L’incompatibilité avec l’islam et le rejet des musulmans restaient vifs. Il n’était pas rare entre le VIe et le XVIIe siècle que des philosophes, en donnant leur vision de l’islam, reprennent l’argumentaire médiéval de « l’hérésie sarrasine ».

Entre le VIIe et les IXe siècles – période carolingienne – la France était encore une entité en élaboration tant comme Etat que comme nation, et les rapports entretenus se déroulaient de souverain à souverain. De façon générale, en territoire français, la présence arabo-musulmane se limitait à celle des marchands et des diplomates. On ne peut guère parler de contacts entre populations. Cependant, on pouvait observer qu’en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique, christianisées depuis l’Empire romain, des liens plus larges étaient noués avec le monde arabo-musulman. Après la conquête de l’Espagne (par Tarek Ibn Ziad à partir de 711 et dont les troupes étaient en grande partie berbères) des Arabes franchiront les Pyrénées et s’installeront dans le Languedoc. Ils développeront ensuite des incursions jusqu’aux environs de Tours. Ces expéditions auront de multiples conséquences; mettant en évidence la faiblesse de l’empire carolingien, elles conduiront à l’émergence de royaumes et de principautés plus circonscrites et marquées. De là, prend forme cette « Europe féodale » dont la France est issue. Ainsi, les avancées arabes conduisent l’Europe à prendre conscience de ses spécificités et, par-delà ses particularités, à forger et décliner son identité chrétienne.


UNE PROVINCE ARABE EN SEPTIMANIE
Les raids des Arabes à partir de l’Andalousie eurent surtout pour conséquence la prise de Narbonne et l’établissement d’une province arabe en Septimanie. En 720, le gouverneur al-Samah enlève Narbonne, puis Agde, Béziers, Carcassonne, Nîmes, mais, une année plus tard, sa tentative de prendre Toulouse se solde par un échec. Il y perdra même la vie. D’autres raids suivront qui aboutiront au contrôle du couloir rhodanien.
Les contacts diplomatiques entre la France et le monde arabo-musulman ont été consacrés entre les rois carolingiens et les califes abbassides, les échanges débutèrent sous Pépin le Bref. Une ambassade franque, partie trois ans plus tôt, revint en 768 en Gaule en compagnie de représentants du calife de Bagdad. Après avoir séjourné l’hiver à Metz, les émissaires abbassides rejoignirent le roi des Francs à Champtoceaux (Maine-et-Loire). Ils regagnèrent enfin leur pays chargés de présents pour leur souverain. Trente ans plus tard, Hârûn al-Rashid, cinquième calife abbasside développa des contacts avec Charlemagne. En 797, ce dernier envoya une ambassade en Orient composée d’un juif nommé Isaac et deux missi, Lanfred et Sigismond. Ces deux derniers moururent au cours du voyage tandis que des émissaires musulmans arrivèrent à Pise. C’est l’émissaire de l’empereur, Isaac, qui rapporta les cadeaux offerts par le calife, dont le fameux éléphant d’ivoire.


TRAITÉS ET ATTRAITS
Des échanges plus suivis avec les souverains abbassides reprirent sous le règne de Louis le Pieux. En 831, le calife al-Ma’mûn envoya par voie de mer auprès de l’empereur une ambassade comprenant deux musulmans et un chrétien. Ils étaient également chargés de présents et repartirent après la conclusion d’un traité. Ces contacts s’expliquent évidemment par le souci de maintenir une présence chrétienne en Terre sainte et par l’attrait pour les produits exotiques. Mais la motivation essentielle était la recherche d’un allié face à la puissance byzantine avec laquelle les Francs entretenaient de mauvaises relations.
Parallèlement aux échanges avec les abbassides, les souverains francs nouèrent des relations diplomatiques avec l’émirat de Cordoue. Des trêves et des traités furent signés en 812 sous Louis le Pieux avec l’émir al-Hakam et la paix ne fut troublée qu’à partir de 820 avec la conquête de la Sicile où les Arabe se rendront maîtres de Palerme en 831.
Avec l’avènement de Charles le Chauve, on assistera à un réchauffement des relations. Selon le témoignage de l’historien Ibn Idhari, le roi de France avait de la considération pour l’émir Muhammad Ier. Il « appréciait hautement son intelligence et lui envoyait de riches présents ». En 865, Charles le Chauve « reçut à Compiègne les ambassadeurs qu’il avait envoyés à Muhammad Ier à Cordoue l’année précédente. Ils revinrent avec beaucoup de présents, des chameaux transportant des divans et des tentes, beaucoup de parfums » (Annales de Saint Bertin). Il faut également mentionner que les souverains carolingiens passèrent une entente avec les musulmans de la vallée de l’Ebre en rébellion contre Cordoue. Le gouverneur de Gérone et de Barcelone, Süleyman ibn al’ Arabi se déplaça en Saxe (en 777) pour demander à Charlemagne d’intervenir en Espagne. Une année plus tard, lors de la bataille de Roncevaux l’empereur fut défait.
A la fin du IXe siècle, les discours à l’égard des musulmans se durcirent dans l’empire carolingien avec l’arrivée d’érudits parmi les Wisigoths, les Britanniques, les Italiens et les Byzantins qui fuient leurs pays d’origine sous la menace d’invasions sarrasines, vikings et lombardes. Les rapports ne reprendront qu’à la Renaissance.


LES PEURS MILLENARISTES
La méfiance et l’hostilité iront en grandissant et conduiront à la rupture. Divers facteurs ont conduit à ce tournant. Les peurs millénaristes et les raids ordonnés par Al-Mansûr* contre Barcelone (985), Saint-Jacques de Compostelle (997), et la tentative de destruction du Saint-Sépulcre de Jérusalem en 1009 contribuèrent à renforcer le climat de haine à l’endroit des musulmans et les associeront aux boucs-émissaires de l’époque : les juifs, accusés au début du IXe siècle par l’évêque Agobard de Lyon… Ces péripéties annonçaient les Croisades. Durant deux siècles, l’Occident chrétien se mobilisera sous cette forme afin de reprendre les Lieux saints de Jérusalem détenus par les Arabes depuis 450 ans. La France y jouera un rôle de premier plan sous la houlette de ses rois. Désormais, on assistera à l’affrontement de deux mondes pour une longue période, néanmoins émaillée de moments de paix et de rapprochements. L’ère des Croisades consacra la rupture de l’équilibre qui avait jusqu’alors prévalu. A tel point que l’architecture romane portera dans la pierre l’expression de l’esprit d’aversion désormais entretenu à l’égard de l’islam. L’image du sarrasin abhorrée est sculptée sur les édifices religieux. A l’exemple de la cathédrale d’Angoulême du XIIe siècle. Le vitrail porte aussi cette représentation (cathédrale de Chartres, XIIIe siècle).
Paradoxalement, les Croisades et les pèlerinages multiplieront les occasions de rencontre avec le monde arabo-musulman. C’est, non sans étonnement et perplexité, que les Européens découvrent alors l’écart considérable qui les sépare d’un monde riche, dans la plénitude de sa puissance et de son épanouissement culturel.


« L’HERESIE SARRAZINE »
D’où ce recours à la caricature de « l’hérésie sarrasine » et en premier lieu de son prophète. Selon John Tolan : « Face à la menace que semblent faire les Sarrasins (tout comme les Vaudois, les Cathares, les juifs et les autres) maints auteurs du XIIe siècle répondent par la calomnie haineuse, choisissant non pas de réfuter leurs adversaires, mais de les salir, de les dénigrer afin que leurs lecteurs ne puissent les prendre au sérieux ». Nous devons à de telles arrière-pensées la première traduction en latin du Coran. Elle fut commandée (1142-1143) par Pierre le Vénérable à Robert Ketton. A la traduction proprement dite furent adjoints d’autres textes (des Fables des Sarrasins) formant le Corpus toletanum, composé à Tolède, qui est disponible à la bibliothèque de l’Arsenal de Paris. Pour la petite histoire, on peut indiquer qu’il comporte en marge une caricature de Mahomet…


LA CHUTE DE CONSTANTINOPLE
Une nouvelle ligne de fracture surgira avec la chute de Constantinople le 29 mai 1453. L’apologétique chrétienne polémique connaîtra alors un regain. A la même période, on doit cependant à un cardinal, Jean de Ségovie, une nouvelle approche de l’islam. Il se consacra à retraduire le Coran à partir de la langue arabe. L’œuvre fut établie en trois langues, arabe, castillan et latin, mais elle fut perdue.
Les velléités de croisades perdurent jusqu’au règne de François Ier. Une culture littéraire de la croisade imprégnait l’imaginaire du public : récits de voyage vers « l’oultremer » et autres relations de pèlerinage. Adaptés et enrichis en français, ils indiquent la curiosité ethnographique soutenue pour les nouveaux horizons ouverts par l’imprimerie. L’ouvrage du chanoine Bernhard von Breydenbach, dans sa version originale en latin comme sa traduction française en 1486, donne à lire l’un des premiers alphabets arabes.


DE L’ENGOUEMENT AUX INCOMPATIBILITÉS
C’est vers l’étude de la langue arabe que s’orientera la Renaissance française, tournée vers la philologie biblique. La capitale du royaume de France au début du XVIe siècle frémira pour la connaissance de la « langue arabique ». C’est un familier du philosophe et humaniste italien, Pic de la Mirandole (1463-1494), Agostino Giustiniani (1470-1536), auquel fit appel François Ier, pour assurer la transmission de ses connaissances linguistiques en la matière aux cénacles parisiens. On considère donc que ce dernier est à l’origine du lancement des premières études arabes en France. Mais cet intérêt linguistique – adossé à l’humanisme français en plein essor – reste fragile. François Ier fondera ainsi en 1530 le Collège des lecteurs royaux sur la Montagne Sainte-Geneviève à Paris*. En 1538, il accordera à Guillaume Postel le titre de « lecteur », notamment d’arabe, dénommée alors « langue arabique ». Postel publie alors entre 1538 et 1543 un alphabet de la langue arabe ainsi que la première grammaire arabe en Occident. Il assurera en 1543 la traduction de la première sourate destinée à l’édition d’un Coran à Bâle. Il eut également le dessein d’un christianisme ouvert aux apports des autres religions et fit le rêve d’une concorde religieuse. On peut dire qu’il a été l’un des tout premiers à souligner les apports grecs et arabes en médecine, en astronomie et en astrologie…


LES CHOSES « TURQUESQUES »
Par la suite, l’intérêt pour l’Orient se focalisera sur l’Empire ottoman par le biais d’ambassades. Diverses missions permirent aux humanistes de s’enquérir de la « Cognaissance des choses turquesques » en collectant des manuscrits. Parmi la première (1535-1537) se trouvait Jean de la Forest.
Des voyageurs français livrent des relations et des tableaux de l’Empire ottoman : Christophe Richier, Bertrand de la Borderie et Antoine Geuffroy dans les années 1540. A titre d’exemple, Catherine de Médicis était personnellement en possession de neuf manuscrits orientaux. Le monde ottoman sera en France au cœur de la Renaissance ; il est à la fois un objet de connaissance et un thème culturel bien en cour. Le lectorat français se montre friand des descriptions de la cour du Grand Turc d’Istanbul. On ne compte plus les divertissements français à bases d’engouements et de fantaisies turcs. Ils préfigurent les « Turqueries » de la période classique de la Renaissance.
Alors que du XVIe au XVIIIe siècle, la plupart des pays européens redoutaient surtout la menace de l’Empire ottoman, la France se présentait comme son alliée. Ce qui ne manqua pas de lui valoir suspicions et désagréments. D’abord opposé aux Turcs au début de son règne, François Ier opéra un renversement spectaculaire de sa politique étrangère en nouant une alliance avec Soliman le Magnifique. Il faut souligner que les rivalités et les luttes pour la suprématie européenne (François Ier ayant à se faire élire empereur en 1519 face à son rival Charles Quint) sont en grande partie à l’origine de ce repositionnement… Et après sa défaite à Pavie (1525) et sa libération de captivité, il se résolut à faire appel à Soliman le Magnifique. Ainsi les Habsbourg deviennent un adversaire commun. La France apportera même une aide logistique à la flotte ottomane dans la Méditerranée. Khayr al-Dîn Barberousse (Kheireddine), le corsaire devenu grand amiral de la flotte ottomane, fut la cheville ouvrière de cette nouvelle alliance… A la tête de la Régence d’Alger, il y reçut, en 1535, le premier ambassadeur du roi d’Istanbul, Jean de la Forest.


EXPÉDIENTS POLITIQUES
Cette alliance se poursuivra sous le règne d’Henri II. Mais elle se limitera en réalité à un expédient politique dont la finalité était surtout psychologique face aux Habsbourg. Alliance donc pleine d’arrière-pensées et de calculs géopolitiques, de part et d’autre, elle persistera néanmoins aussi bien sous les Valois que sous les Bourbons. Henri VI la réactivera face à l’Espagne – son ministre, Sully, était, dirions-nous aujourd’hui, plutôt européaniste. Sur le Bosphore, le roi de France était reconnu « pour empereur et comme le plus puissant et le plus glorieux des princes chrétiens ». En 1604, sous Henri IV, est reconnu au roi de France un droit de protection des religieux latins de Jérusalem et de Bethléem. Louis XIV, plus tard, sera présenté comme « le véritable protecteur de la religion d’Orient ». A partir de 1720, le commerce français jouira d’un grand essor dans le Levant. Par le passé, dans le sillage des échanges médiévaux, c’était une activité de transit du poivre et des épices en provenance des ports de Beyrouth et d’Alexandrie, au XVIIe siècle, ce sont la soie et le café qui auront les faveurs du commerce.


DES PHILOSOPHES ET LEURS DIATRIBES
L’incompatibilité avec l’islam et le rejet des musulmans restaient vifs. Il n’était pas rare entre le VIe et le XVIIe siècle que des philosophes, en donnant leur vision de l’islam, reprennent l’argumentaire médiéval.
Dans son programme d’éducation de Pantagruel (1532), Rabelais « admoneste » ce dernier à apprendre la langue « arabicque ». Montaigne, avec des nuances, reste bienveillant mais Pascal cède quand même à la diatribe, trouvant dans ses Pensées qu’« il n’est pas juste de prendre ses [Mahomet] obscurités pour des mystères, vu que ses clartés sont ridicules »…
Or, que ce soit du côté du souverain ottoman ou de ses sujets, il n’existait pas de prévention radicale à l’endroit du christianisme – bien que religion imparfaite à leurs yeux – comme légitime et ses fidèles appartenant aux « Gens du Livre » (ahl alkitab).

 

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