Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 11 octobre 2018 06:00

Les instruments traditionnels africains s’exposent au Musée national du Bardo : Récits sonores de notre mémoire musicale commune

Écrit par Sihem Bounabi
Évaluer cet élément
(1 Vote)

Le Musée national du Bardo convie depuis avril dernier le grand public à la découverte ou la redécouverte d’une exposition exceptionnelle où, pour la première fois, une trentaine d’instruments africains séculaires sont exposés depuis le mois d’avril passé. Conçue et réalisée par l’ethnographe Belaïd Bitar avec une équipe du musée sous la houlette du directeur Zoheir Harichane, la manifestation a été prolongée notamment pour son grand intérêt historique.


L’exposition des instruments traditionnels africains au Musée national du Bardo est un voyage à travers le temps et l’espace, à la découverte de la genèse et du développement des instruments africains, présentés dans une scénographie, mettant en relief ce pan de notre histoire commune à travers une trentaine d’objets exceptionnels. Elle est agrémentée de panneaux explicatifs ainsi que des photos et de vidéos dans une démarche ethnographique mettant en relief la riche collection du musée. Parmi ces instruments, il y a des pluri-arcs du Congo, des lyres d’Ethiopie ou, encore, des harpes d’Afrique centrale, en plus d’un certain nombre d’instruments à percussion. Les instruments sont présentés par une classification organologie. Ainsi, on retrouve les idiophones, à l’instar du balafon ou de la sanza, les membranophones, tels le bendir et le djembé, les aérophones, à l’instar de la gasbâ ou kankangui et les cordophones tel que le gambri.

Démarche scientifique pour conter l’organologie

Lors de notre visite de l’exposition, l’ethnographe Belaïd Bitar nous explique que la conception et la réalisation de cette manifestation a bénéficié d’un intérêt particulier, basé sur une démarche scientifique pluridisciplinaires avec une dominance anthropologique, afin d’expliquer aux visiteurs l’évolution des techniques de fabrication, des différentes approches théoriques sur la genèse de ces instruments ainsi que sur les croyances religieuses et sociales auxquelles ils sont associés. Ainsi, cette utilité sociale en tant qu’outils de communication entre les différents villages que dans les rituels d’initiations est mise en relief à travers les panneaux de présentations. Le ton est donné dès l’affiche, à l’entrée de l’exposition, où est déroulée le socle d’un tambour, finement sculpté, qui relate une scène quotidienne d’un village africain. L’exposition est également rehaussée par une carte qui explique la diffusion de l’instrument et du patrimoine immatériel africains à travers le monde. Belaïd Bitar souligne à ce propos : «Pour chaque voyage, il faut une carte. Et pour cette exposition, qui propose un voyage pour découvrir l’évolution des instruments africains, nous avons opté pour cette carte qui démontre la diffusion des instruments africains à travers le monde, qui remontent au VIIe siècle jusqu’au XVIe siècle, à travers la route de l’esclavage, où les esclaves avaient leur musique dans la tête et re-fabriquaient des instruments en s’adaptant à leur nouvel environnement. Le concepteur de l’exposition nous confie que les instruments de musique africains est son domaine préféré de recherches et qu’il s’attèle à la finalisation d’un ouvrage, de deux tomes, sur le sujet. Prolixe en explication et passionné par son sujet, il nous confie qu’« en discutant avec le directeur de notre musée, Zoheir Harichane, l’idée a émergé de mettre en évidence la richesse de la collection africaine du musée dans ce domaine. Nous avons alors constitué une équipe restreinte pour préparer cette exposition ». Belaïd Bitar confie que la préparation de l’exposition a nécessité plusieurs mois de travail. « Il y a eu un long travail de recherche et de documentation sur les différents instruments présentés à l’occasion de cette manifestation ainsi qu’un travail de restauration et de conservation de chacun des objets», indique-t-il

Restauration des objets et documentation historique
Ce travail de restauration, effectué par l’équipe du Bardo sous la coupe du conservateur, est l’occasion de dévoiler des pièces inédites que le musée possède au sein de sa riche collection africaine et qui n’avait jamais été montrées au grand public auparavant. Des pièces qui viennent de toute l’Afrique, considérée comme le berceau de l’humanité, à l’instar de de l’Algérie, Maroc, Mali, Congo ou de la Guinée notamment. Les objets puisés dans la grande collection ethnographique africaine font majoritairement partie de la collection Pierre Savorgnan de Brazza, un explorateur italien, naturalisé français, qui s’était établi en Algérie à la fin du XIXe siècle. L’explorateur avait voyagé un peu partout en Afrique et ramené lors de chacun de ses voyages des instruments de musique pour sa collection personnelle qui a été léguée ensuite au Musée du Bardo.  Pour la datation et l’origine de ses instruments, l’ethnographe nous explique qu’en plus des recherches sur les documents historiques, il s’est aussi basé sur le numéro d’inventaire de cette collection. La collection faisait partie de la Villa Brazza, sur les hauteurs d’Alger, avant qu’elle soit transférée au Musée du Bardo. Il ajoute que l’exposition est enrichie par d’autres acquisitions de musées depuis les années soixante. Toutefois, il précise que qu’après 1993, la pluparts des acquisitions sont seulement des objets algériens. Salim Dada, le célèbre chef d’orchestre et musicien algérien, est aussi un musicologue responsable du Laboratoire d’organologie au Centre national de recherche préhistorique anthropologique et historique (Cnrpah). Passionné notamment de musique et d’instrument africains, il vient récemment de composer «Africana», l’hymne des travailleurs africains.

Ingéniosité et beauté esthétique
Présent lors de la visite de cette exposition exceptionnelle, Salim Dada partage avec nous l’importance d’une telle initiative pour faire connaître le patrimoine organologique africain auprès du grand public et même des chercheurs et des spécialistes dans le domaine. Les yeux émerveillés devant certaines pièces exceptionnelles et d’une grande valeur historique, Salim Dada nous confie : «J’ai découvert dans cette exposition qu’il y avait une cithare titulaire africaine, celle de Madagascar, alors qu’on la connaissait surtout pour être un instrument asiatique. Les polyarcs et les polycopies de très beaux instruments sophistiqués, révèlent une vraie réflexion acoustique, ergonomique et esthétique». Fasciné par l’ingéniosité de nos aïeux, il ajoute que «la kalimba (sanza) est également un instrument d’un système ingénieux, à base de lames métalliques et d’une boîte en bois, ou une demi-calebasse, permet un jeu alterné des deux mains et donc une conception polyphonique et polyrthmique inhérente aux musiques africaines. » Il nous explique également que le point commun dans tous ces instruments et ce qui frappe l’attention est, d’une part, la sobriété du matériau qui est toujours de source local et naturel, et d’autre part, la variété et l’ingéniosité de la fabrication et de conception de ces instruments qui reste d’une beauté esthétique évidente au-delà de leur fonctionnalité et leur son ou timbre musical. Soulignant à cet effet que «si les instruments traditionnels et primitifs sont le conservateur légitime et authentique d’un corpus musical traditionnel de transmission orale, ils sont également, et tout simplement, le récit concret et encore frétillant de notre mémoire culturelle commune. » Au final, que l’on soit passionné d’histoire, de musique ou tout simplement curieux de la richesse du patrimoine muséal que recèle le musée du Bardo, les visiteurs sont conviés à découvrir ou à redécouvrir, cette exposition exceptionnelle orchestrée par Belaïd Bitar, en résonnance avec la quête perpétuelle du patrimoine national, continental ou tout simplement d’une part de notre humanité.n

Laissez un commentaire