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mardi, 13 février 2018 06:00

Maroc Le royaume rattrapé par ses fractures sociales

Écrit par Anis Remane
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Comme dans les deux autres principaux pays du Maghreb, l’Algérie et la Tunisie, mais chacun selon ses propres réalités économiques et sociales, l’actualité du Maroc est marquée, durant ces dernières semaines, par une agitation sociale importante.

A l’origine de cette ébullition, de fortes inégalités entre les régions du royaume ainsi qu’un taux croissant et inquiétant du chômage chez les franges les plus jeunes.

 

Selon les données du Haut-commissariat au plan (HCP) publiées au cours de la semaine écoulée, le Maroc a enregistré à fin 2017 un taux de chômage de «10,2% contre 9,9% une année auparavant». D’après la même source, le phénomène touche principalement les jeunes âgés de 15 à 24 ans (26,5%), avec un taux qui culmine à 42,8% en milieu urbain. Pour le Haut commissaire au plan, interrogé par l’AFP, le chômage des jeunes «n’est pas un phénomène récent, mais il a tendance à devenir structurel avec la déperdition scolaire et la faible diversification du tissu productif national». Ahmed Lahlimi explique que «la précarité de l’offre d’emploi n’encourage pas l’investissement des ménages dans l’enseignement de leurs enfants. Cela participe à la déperdition scolaire». Selon l’économiste Larbi Jaidi, le fléau est aussi lié à «la transition démographique» de ce pays de près de 35 millions d’habitants, qui tend «à recomposer la pyramide des âges (...)», avec de « plus en plus de jeunes arrivant sur le marché du travail». L’économie marocaine, bien que portée par une croissance de 4% en 2017 contre 1,2% l’année précédente, «n’a pas créé suffisamment d’emplois par rapport au nombre de jeunes arrivés sur le marché du travail», souligne M. Jaidi. D’après les données du HCP, les diplômés sont, par ailleurs, davantage «exposés que les personnes n’ayant suivi aucune formation.» Le chômage touche aussi de plein fouet les femmes, avec un taux de 14,7% contre 8,8% chez les hommes. Un écart qui s’explique en partie par la tendance «des parents à «favoriser les garçons au détriment des filles», sans compter les «discriminations en termes de salaires, fait observer le Haut commissaire au plan.


Nouveau mode de contestation
Dans un discours en octobre dernier, le roi Mohammed VI a lui-même reconnu que les «progrès enregistrés ne profitent pas aux jeunes, qui représentent plus d’un tiers de la population». «Parmi eux, nombreux sont ceux qui souffrent de l’exclusion, du chômage», a-t-il dit. Le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a, de son côté, appelé les autorités du royaume à «réduire les niveaux toujours élevés de chômage, notamment chez les jeunes». Une question à prendre «très au sérieux», a prévenu la Banque mondiale.
«La seule possibilité d’insertion des jeunes, quand ils arrivent à s’insérer, c’est le marché de l’informel, avec une très grande précarité en termes d’emploi et de revenu, ainsi qu’une absence de protection sociale», soutient l’économiste Larbi Jaidi à l’heure où l’attention de la presse marocaine et internationale est portée sur le conflit de Jerada, une ancienne ville minière de l’extrême nord-est du pays où la contestation sociale est devenue plus manifeste qu’avant. Pour tenter de répondre à la colère persistante de la population de cette ville démunie et faisant partie de ce que les médias appellent le «Maroc inutile», par allusion à ces territoires qui n’ont pas eu leur part de développement, le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani s’est rendu samedi dernier dans la région pour annoncer une série de mesures. Le lendemain, dimanche, une nouvelle manifestation pacifique a été organisée dans les rues de la ville qui ne décolère pas depuis la mort, fin décembre dernier, de deux mineurs dans un puits clandestin d’extraction de charbon. Selon le politologue Mohamed Darif, «le Maroc a connu ces dix dernières années des contestations similaires dans d’autres villes marginalisées». Les mouvements actuels et ceux des années 2000 tranchent toutefois avec les violentes émeutes des années 1980, indique-t-il. «La protestation sociale est passée du phénomène de l’émeute, marquée par une violence meurtrière de la part des habitants et de l’Etat (...) aux manifestations, sit-in, marches qui se caractérisent par leurs actions collectives pacifiques», souligne le sociologue Abderrahmane Rachik, auteur d’un ouvrage de référence sur les mouvements sociaux. Il estime que les jeunes diplômés chômeurs et les organisations syndicales ont «joué un rôle majeur» pour transformer le mode de contestation. Cela rappelle une réalité bien algérienne aussi.

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