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mardi, 17 avril 2018 06:00

Samuel Sangwa, directeur régional Afrique de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs : «Un plan d’action pour assurer le droit à une rémunération équitable» Spécial

Écrit par Sihem Bounabi
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Samuel Sangwa, le directeur régional Afrique de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac), est intervenu, hier, dans le cadre du congrès des Writers and Directors Worldwilde» (WDW) qui se déroule pour la première fois en Afrique.
Il aborde dans cet entretien l’importance de cet événement pour les auteurs africains, de l’expérience algérienne en tant que cas d’école ainsi que les enjeux actuels face aux mutations de la consommation des productions artistiques et culturelles.

Reporters : Quels sont les enjeux et l’importance de cette réunion des Writers and Directors Worldwilde qui se déroule pour la première fois en Afrique ?
Samuel Sangwa : L’importance de cette réunion est significative, car la question de la protection des droits d’auteurs est une question globale. C’est-à-dire que c’est une question qui se pose avec beaucoup d’acuité aujourd’hui dans tous les pays du monde. La question est de protéger des auteurs qui sont à l’origine de toutes les œuvres que nous consommons aujourd’hui, telles que les productions audiovisuelles, la musique, le cinéma et les arts plastiques. Nous sommes aussi dans une période où les modes de consommation ont pris des nouveaux formats. En l’occurrence, aujourd’hui, les œuvres passent par le téléphone portable, la tablette, les ordinateurs. Le numérique a radicalement changé la façon dont les œuvres sont consommées et exploitées. Cette exploitation a des retombées commerciales énormes. C’est une industrie à des milliards de dollars et il devient de plus en plus critique de réfléchir sur comment rémunérer les auteurs qui sont derrière les œuvres. Comment ces auteurs, qui créent ces œuvres qui enrichissent la télévision, les radios, les hôtels et restaurants, peuvent être rémunérés pour leur travail de création. L’Afrique doit absolument faire partie de cette réflexion. L’Afrique doit absolument être présente dans ce débat. Parce que le continent africain a une riche histoire et un patrimoine culturel énorme mais aussi une créativité florissante aujourd’hui.
A l’exemple du cinéma algérien, qui est l’un des plus prolifiques sur le continent, et le cinéma nigérien qui est aussi prolifique en termes de consommation. Il est important aujourd’hui, pour l’Afrique d’être présente à ce rendez-vous pour montrer quels types de mécanismes sont mis en place pour permettre aux auteurs d’être rémunérés à chaque fois que leurs œuvres sont exploitées. Avec cette réunion, c’est un acte de solidarité avec l’ensemble des auteurs du monde, et se réunir à Alger est un symbole très fort parce que c’est un pays qui porte le combat des droits d’auteur au nom de l’Afrique.

Justement, en quoi l’Algérie est importante dans ce combat pour le continent africain ?
Je tiens à saluer l’engagement du gouvernement algérien au nom de l’Afrique. C’est vraiment unique d’avoir une vision aussi claire de l’importance des industries créatives et culturelles africaines et qu’ici, en Algérie, ce combat soit amplifié et que les autorités et les décideurs politiques s’associent à ce combat.
L’Algérie a réussi à mettre en place avec succès un cadre législatif, un cadre règlementaire et un mécanisme de perception et de répartition des redevances des droits d’auteurs issus de la rémunération pour les copies privées. S’il y a un film que l’on apprécie et qu’on l’envoie à un ami, ou un membre de la famille, c’est légal. Mais imaginez que vous partagiez cela sur WhatsApp, vous avez cent amis. L’auteur de l’œuvre ne peut pas percevoir de rémunération, s’il n’existe pas un mécanisme au niveau du pays qui permet que les appareils qui servent de réceptacle pour cette copie légale et privée versent une petite redevance à la société des droits d’auteur qui la répartit aux auteurs.
L’Algérie est le premier pays africain qui a règlementé la rémunération de la copie privée avec succès. Et c’est un modèle pour nous. Pour nous, la Cisac au niveau de l’Afrique, chaque fois qu’il y a une formation sur la rémunération sur la copie privée, c’est en Algérie que l’on vient pour apprendre, car l’Algérie est à la pointe du combat au niveau de notre continent.

Peut-on parler de droits d’auteur lorsque l’industrie cinématographique est quasi inexistante en Afrique ?
Il faut relativiser. Certes, on parle de la disparition des salles de cinéma qui étaient à un moment un dispositif essentiel pour la consommation. Mais cela n’a pas empêché que les gens fassent des films, parce qu’il y a de nouveaux modes de consommation. Je n’ai plus besoin d’aller en salle de cinéma, puisque le film je l’ai sur mon téléphone ou une plateforme numérique. C’est-à-dire que le numérique est une révolution dans la production mais aussi dans la consommation. Aujourd’hui, dans l’ensemble des pays africains, le taux de pénétration du téléphone mobile est exponentiel. Les connexions Internet sont de plus en plus fiables et cela se démocratise. Nous consommons systémiquement à travers ces supports. L’industrie est vraiment dans une mutation. Il y a de nouveaux modes de consommation qui arrivent auxquels il faut s’adapter. L’industrie, elle, existe bel et bien. Il n’y a qu’à vous citer le cas de Noolywood au Nigeria. Même s’il n’y a pas de salle de cinéma à proprement parler, les gens suivent sur le téléphone, tablettes et postes de télévision. La preuve que l’industrie est dynamique c’est qu’il y a de nouveaux opérateurs qui viennent se positionner en Afrique. Citons aussi le cas de « Noolywood TV » qui reprend toute la production nigérienne et fait le doublage en français. Elle alimente un bouquet numérique où vous pouvez suivre des films nigérians du matin jusqu’au soir. Donc l’industrie cinématographique a trouvé le moyen de s’adapter et elle est vraiment dynamique et florissante.

Quels sont les objectifs concrets de cette réunion pour le continent africain ?
Un des premiers objectifs de cette réunion est de faire un état des lieux. L’ensemble des parties prenantes qui représentent, soit les sociétés des droits d’auteur, soit ceux qui viennent de la Cisac, ou bien des créateurs eux-mêmes vont, à la fin de ces deux jours, avoir une sorte de cartographie des problématiques qui permet de dresser un état des lieux. Ensuite, un des importants objectifs est de trouver le moyen de fédérer et mutualiser les énergies au sein d’une entité où les auteurs et scénaristes et réalisateurs se mettent ensemble au niveau du continent pour parler d’une seule voix, car c’est un seul combat. Et éventuellement, à la fin de cette réunion, établir un plan d’action sur deux, trois années surtout par rapport au droit à une rémunération équitable par rapport aux auteurs de l’audiovisuel. Il y a une autre partie très importante.
C’est l’importance de la société des droits d’auteurs dans ces pays. Ils sont un chaînon incontournable comme pour l’Onda ici. Il est très difficile pour les auteurs, en dehors de la société des droits d’auteur, de pouvoir recouvrer leurs droits. Et donc il est crucial et capital de renforcer les capacités des sociétés de droits d’auteur sur le continent. Il est important de leur donner l’expertise, les moyens, la visibilité et la puissance nécessaires pour qu’elles représentent de manière efficace les membres qui lui donnent mandat de percevoir et répartir.

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